Quelque chose s'était perdu pendant cette guerre, quelque chose de gai, de léger et d'étourdi - Benjamin Peret (1948)
Elise me parle de la confiserie montée par Sylvain Itkine, la coopérative des croque-fruits. Elle me confie une bibliographie sur le sujet.
Pour la première fois de l'année, je confectionne un saussoun, une recette rustique à base d'amandons broyés avec des anchois au sel, de l'huile d'olive, une pointe d'ail, des plumets de fenouil, des feuilles de menthe - j'y ajoute une pincée de piment d'Espelette. On tartine cette pâte sur du pain ou en trempe des radis, des bâtons de carottes et autres crudités. Bernard qui en raffole voudrait congeler ces ingrédients que l'on ne trouve que pendant cette courte période du printemps, quelques jours en avril, mais la beauté du met, c'est précisément qu'il nous conduit vers l'été : la saveur, le parfum ancre le souvenir dans la mémoire, l'associe de manière indéfectible à d'autres plaisirs liés à la saison. Y goûter en décembre chamboulerait mon compas. Elise et Maurice, sans vergogne, ont léché les menus restes du steak pie que j'avais cuit à leur intention et servi avec une salade mêlée d'herbes du jardin et des talus, pimprenelle, plantain, nombril de Vénus.
Yolande, l'herboriste de Cabrières, m'a montré toutes les plantes liées à Vénus : ses cheveux (la nigelle), ses sourcils (l'achillée), son nombril, ses sabots (des orchidées), son miroir, son peigne et sa fontaine dont l'autre nom est le cabaret aux oiseaux. Oui ses deux jours, je les ai passés à reluquer les plantes dans leur plus simple appareil et à les cuisiner. Il m'en vient un grand apaisement, bien nécessaire avant de commencer la folle semaine au lycée.
Assis au soleil sur la terrasse nous avons regardé la pluie tomber à gouttes grasses, lourdes, pressées, d'un ciel très bleu. Le vent s'est levé, et l'orage s'est éloigné.