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Hier soir j'ai regardé  Charlotte Gray  de Gillian Armstrong, avec Cate Blanchett -  l'histoire d'une jeune écossaise recrutée en 1942 comme agent secret dans la résistance. Un film boudé par la critique, injustement à mon avis.  Pas de hauts faits d'armes, mais une chronique intimiste sur la façon dont la guerre transforme ou révèle qui nous sommes : Il y en a qui dénoncent leurs voisins à la Gestapo parce qu'ils font trop de bruit, plus rien n'est anodin. Je le reverrai ce film, en me disant qu'à notre époque rien n'est anodin non plus.

Il est déjà quatre heures, le soleil n'a toujours pas percé la couche grise uniforme au-dessus de nous. Je lis, j'écris, et je suis plus tranquille dans ma bulle. Je m'effare aux gros titres des journaux et repense au temps où je me désolais  sincèrement à l'idée que tous les combats avaient déjà été menés - nous vivions dans un monde libre, les femmes étaient libres, il n'y avait qu'à profiter de ce que nos aîné(e)s avaient construit pour nous. A ma décharge, j'avais treize ans au plus lorsque je croyais à cette faribole.

Ce souvenir-là me reviendra plus tard dans l'après-midi, au cours d'une promenade dans le lit de la rivière avec Bernard : je voulais lui montrer ma trouvaille d'hier. Nous sommes dérangés dans nos spéculations par un groupe  d'adolescents comme l'atteste les différents stades d'acné sur les visages de certains . Ils sont vêtus  à l'identique de treillis militaires, arborent insignes, étoiles, écussons et brassards et sont armés jusqu'aux dents de fusils à air comprimé. Une partie de paintball ? Un camp d'entraînement pour enfants-soldats ? Sur la route nous croisons une mère de famille qui benoîtement donne des consignes à son fiston : ne rentre pas trop tard, surtout ne prend pas froid... Je crois comprendre qu'il s'agit d'une fête d'anniversaire, le clou de l'après-midi, c'est ce jeu de guerre.  Bernard et moi sommes sidérés de voir ces jeunes imbéciles, filles et garçons, se préparer ainsi à de futurs Afghanistan... Le point positif, n'est-ce-pas, c'est que j'ai pu constater une parité installée tout naturellement. Nulle loi pour obliger les filles à jouer à ce jeu lamentable, elles y participent avec un zèle qui fait peine à voir. Je me demande ce qui motive ces jeunes, en dehors du plaisir immédiat d'une course poursuite - trop vieux pour jouer à cache-cache, trop jeunes pour imprimer leur marque sur le monde. Et les parents dans tout ça ?
Nous vivons dans un monde-pénélope : une partie d'entre nous s'ingénie à tisser, ravauder, réparer tandis que l'autre défait  aussitôt le travail accompli. Ne pas baisser les bras, rester assis au métier à tisser.