Ala_s_et_l_ombrelleJ'ai de ravissantes et fort utiles lunettes mais je n'ai pas encore pris l'habitude de les employer. Je ne les cherche pas, sauf s'il me faut avoir recours à l'e-book de l'homme pour écrire. Mon fidèle portable ayant trouvé ce monde décidément trop cruel m'a quitté au début de l'été bien que différents médecins se soient penchés à so chevet. Bernique. J'ai donc croqué des fruits sur un petit clavier assorti d'un petit écran, avec mes lunettes sur le nez. Merdum. Enfin, grâce à docteur Bin, je retrouve l'usage d'un vaste clavier où faire courir trois doigts et d'un vaste écran pour choisir mes photos du jour - sans lunettes, sauf si la lumière est insuffisante, comme à présent. L'homme et moi sommes assis à nos écritoires dans la pénombre du rez-de-jardin, volets clos contre la fournaise du dehors. il m'a semblé entendre roulé un orage au loi mais si le ciel est gris, il reste très haut. Le vent souffle du sud - notre fille est heureuse de voyager en Suède, Finlande et même l'Estonie : elle déteste la chaleur. Moi non dès lors que je peux me cloîtrer à l'intérieur et l'abandonner à la campagne où elle pulvérise les chemins, jaunit les talus et multiplie l'enchantement de la fraîcheur au crépuscule, soir et matin.

Hier soir, la voisine et moi avons traversé le lac de la Bonde dont la taille s'est considérablement réduite ; alimenté par le Mirail et le canal de la Durance, on se sert de ses eaux pour irriguer les champs en période de sécheresse. J'avançais le nez au ras de l'eau en humant l'odeur de source. L'heure était sereine où les baigneurs de la journée s'étaient changés en dîneurs à la guinguette qui sert des pizzas. On y donne son nom au comptoir : Hortense, Helmut, Pilar - vingt minutes plus tard il est braillé par le cuisinier, alors on va chercher les précieuses roues de charrette parfumées d'herbes et d'huile d'olive, à mon avis les meilleures de la région.

Ce matin, j'ai noté avec plaisir qu'à Eguilles, gros bourg très passant au-dessus d'Aix, la police municipale avait arrêté la circulation pour nous laisser suivre à pied le convoi funéraire de la mère de Corinne.  Marguerite avait 91 ans, nous étions nombreux, les automobilistes ont dû patienter sous le soleil blanc de ce matin d'août et personne n'a rechigné - pas un coup de klaxon. Je me disais que tant que nous pouvons honorer nos morts en prenant le temps, nous pouvons nous considérer comme des êtres vivants respectables.